samedi 19 juillet 2014

héroïsme

quel courage il faut à l'homme d'action que je suis pour résister à la tentation à laquelle nous soumet la toile de cy twombly évoquant les larmes d'achille de l'embrasser - 
évidemment, mon héroïsme, inscrit dans une lignée qui va d'homère à twombly, est condamné à la galvaude à une époque qui considère le saut à l'élastique ou la marathon des sables comme la seule preuve valable de courage...
mais que veux-tu...

hommage à cy twombly

alors que je contemplais béat une toile relatant l'amertume d'achille à la mort de patrôcle, ivre de la colère du premier nommé, je me rue sur la toile et pose sur icelle mes lèvres brûlantes, avides, amoureuses - j'avais commis, comme une autre, l'acte terroriste par excellence : la dégradation d'une oeuvre d'art choque plus nos consciences que la mort d'un ivrogne, c'est un peu comme parler durant un spectacle de danse contemporaine, même dans une église on est plus détendu du sphincter - j'étais enfin un grandhomme, à défaut d'être un grandécrivain -
mis à part le coup de pied au cul du molosse en charge de la sécurité, nul journaliste pour parler de mon geste - j'avais omis le rouge à lèvres... 

dimanche 15 juin 2014

sauter à l'élastique

lucius me disait hier à quoi bon se mêler à une société qui considère le saut à l'élastique comme l'irréfutable preuve du courage, voire de l'héroïsme -
et de me dire qu'une simple petite poussée et je n'aurais plus à supporter tout l'héroïsme de son verbiage...

mercredi 21 mai 2014

aux écrivains potentiels

et à ceux du tiroir aussi - mes frères ! - une manière de conseil attrapé dans le journal de 1912 de franz kafka :
"26 mars : surtout ne pas surestimer ce que j'ai écrit, cela me fermerait l'accès à ce que j'ai à écrire."
à nous tous donc, les potentiels, dont l'oeuvre majeure est à jamais à venir !

dimanche 18 mai 2014

galerie

l'ouverture du carré eden qui va bouleverser nos existences - rendez-vous compte un h&m et un starbuck café, au coeur du guéliz - des années plus tard nous nous demanderons tous comment nous fîmes pour vivre sans si longtemps, mais l'homme a vécu sans feu pendant des centaines de milliers d'années me  rétorquera-t-on, l'homme a plus vécu sans feu qu'avec, ou on ne me le rétorquera pas si on ne me lit pas, ou alors si on me lit mais que je lasse - appelle à la réminiscence, tant qu'elle est possible -
[le carré eden, c'est le buzz du mois de mai, du joli mai en barque loin du rhin]
alors je me permets de reprendre suarès le lyrique, à propos d'une galerie milanaise :
"[la galerie] grouille de peuple, à toute heure. il y règne un luxe épais. la galerie est pleine de magasins, de boutiques, de cafés. [...] la galerie est le forum des bourgeois. et ils y sont à l'abri de la pluie, que l'italien fuit comme la peste. telle est la coûteuse halle aux propos, aux pots-de-vins, aux intrigues, une bourse aux vanités. autrefois, le cours était le lieu de réunion. mais les rues ne sont plus assez sûres. la plèbe est rop nombreuses [...]
ici, dans la galerie, la classe qui tient la fortune et le pouvoir peut se croire à couvert. le peuple y entre et y passe, peu importe : il n'est pas chez lui. [...] la galerie est le monument d'une société qui campe, et qui veut faire croire à un solide établissement. la mesure et la goût y font également défaut. et le grand bruit qu'on y mène, au milieu d'un luxe grossier, retentit sur le vide intérieur."
et malgré la prophétie les bourgeois ont vaincu -