mardi 28 février 2012

signes extérieurs de vieillesse

l'auteur de ces lignes a beau avoir une hygiène de vie exemplaire - quoique ayant fait le choix de la noyade dans un verre plutôt que de se voir refuser la balade illusoire dans le printemps de la jeunesse perdue (cf léo ferré ostende) - qui le mène pas à pas vers l'ataraxie épicurienne, est victime de ce que les autres appellent maturation et que lui, ténébreux, veuf, inconsolé, prince lucide pataugeant dans les déjections de l'existence, désigne par le substantif de vieillissement : difficulté face à la fiction cinématographique, tâches sur la peau (déjà...) dues certainement à son exemplaire hygiène de vie, tendance à relire plutôt qu'à lire (quoique son biographe lui sussure de ne point exagérer tout de même, il continue de lire semble-t-il...) -
et son épouse oriane, toujours en quête d'une vexation, le força pour ne pas les perdre à fixer un cordon à ses lunettes de soleil - et de le faire passer de l'autre côté de la jeunesse...

jeudi 23 février 2012

l'air du temps

le mot jeune, comme le mot moderne, a une acception exclusivement et totale(itaire)ment positive - ces mots ne sont plus réfléchis, pensés, mis en critique - ils ont acquis une valeur en soi - dans un monde à la pensée de plus en plus trouillarde et (et c'est pas parce que j'ai le droit d'écrire couille bite et salope que ça prouve le contraire) - d'une insidieuse manière de plus en plus vérouillée -

sale prof

serrae stridentis acerbum horrorem ça c'est juste pour faire chier...

parmi tous les gens d'importance qui critiquent notre profession de feignasse autant que nos personnes insipides sinon viles, qui reprochent notre décalage avec la grandiose aliénation collective dont ils se revendiquent, qui nous reprochent de préférer platon à keynes et pascal à steve jobs - qui nous reprochent surtout d'être en décalage avec les préoccupations périnéennes des jeunes - parmi tous ces gens d'importance, quatre-vingt-quinze sur cent ne supportent les jeunes - à part leur consanguine progéniture - qu'un gros quart d'heure avant de supplier qu'on vînt les en débarrasser - bénis soient les clubs de golf, les psp, facebook, les i-phonepodpad... - ils ne supportent pas de se dire que malgré nos défauts, nos limites, nos défaillances, la jeunesse nous concerne - avec ses limites, ses défauts et ses défaillances...

samedi 18 février 2012

abstinence (le métier de vivre)

au journaliste qui l'entrevoyait [et comme il était sot, le journaliste, de ne point employer d'anglicismes] - il répondit qu'entre vingt et trente ans, il avait eu le désir de se faire un nom, de devenir écrivain, d'entrer au panthéon avec un cortège terrible ou pas - et qu'à la trentaine, il fut habité d'un désir tout neuf, inspiré de beckett et de pessoa, celui d'être rien - l'objectif paraîtra plus facile à atteindre que la gloriole, mais il n'est pas si évidemment de vivre une vie suffisamment lente pour être au bord de l'ennui, suffisamment réfléchie pour n'y tomber jamais - et il faut une volonté d'acier trempé pour arriver à s'abolir - et plus simplement pour arriver à le vouloir -

de rerum natura

comme le disait si bien lucrèce : haec ratio plerumque videtur tristior esse (de rerum natura, IV, 18-19)
car il fallait que ce fût dit...

grotesques objectifs :

passer pour un latiniste que je ne suis pas / passer pour un pédant auprès des pédants de toutes les castes / me mettre à l'écart de l'anglais triomphant et des langues orientales / montrer que toute la pensée ne date pas des cinq dernières années / rappeler que l'épicurisme n'était pas une partouze / faire chier quelques cons / passer pour un réactionnaire dans un monde conservateur / passer pour un snob dans un monde bien plus snob que moi...
la liste comme toute liste n'est point exhautive - parce que c'est une première étape dans la quête de l'exclusion qui m'habite...
si vous voulez qu'on vous tienne à l'écart de l'hystérie ordinaire, pratiquez une langue ancienne - c'est une étape que je qualifierais volontiers d'axiomatique -